2e PARTIE

Le 1er vendémiaire an XIV (23 septembre 1805) le casernement de la gendarmerie fut mis à la charge des départements par la loi de finances du 2 ventôse an XIII (21 février 1805). Cette disposition fut maintenue et confirmée par la loi du 10 août 1871 (article 60).
Cependant, la création en 1921 des « pelotons mobiles de gendarmerie » destinées à appuyer l'action de la gendarmerie départementale dans les missions de maintien de l'ordre, allait entrainer la construction de nouvelles casernes de très grande capacité. Ces casernements furent mis à la charge de l'État.

Subdivision de l'Arme de la gendarmerie

À l'issue de la première guerre mondiale, le développement économique du pays dû à l'industrialisation se heurta à celle du syndicalisme ouvrier. Ceci se traduisit bien souvent par des luttes de grande ampleur. Pour contenir ces troubles et faire face à la multiplicité des revendications sociales, il apparu nécessaire de disposer de formations spécialement entrainées et équipées pour remplacer la troupe et renforcer la gendarmerie départementale dans les opérations de maintien de l'ordre. Ainsi apparurent les « pelotons mobiles de gendarmerie » créés par la loi du 22 juillet 1921 et organisés suivant l'instruction du 9 septembre 1922.

L'installation de ces unités se fit progressivement sur plusieurs années dans les principales villes du pays. La loi du 22 juillet 1921, portant augmentation des effectifs de la gendarmerie et assurant le logement de ces effectifs, fit une distinction très nette entre les brigades territoriales et les forces mobiles, précisant que « le logement des brigades est laissé à la charge des budgets départementaux, conformément aux dispositions de la loi du 10 août 1871, article 60, tandis que celui des forces mobiles est à la charge exclusive de l'État ».

En 1926, l'ensemble de ces pelotons mobiles de gendarmerie, prit(1) l'appellation de « Garde Républicaine Mobile ». Le 24 septembre 1927, en application de la loi de finances du 26 juillet 1927, un décret groupa les pelotons mobiles de gendarmerie créés en 1921 en légions de la Garde Républicaine Mobile, formant une subdivision de l'arme. Les Légions étaient organisées en groupe de 4 ou 5 compagnies à l'effectif de 120 officiers et sous-officiers à pied et à cheval.

Le 1er avril et aux fins de soulager les budgets départementaux, les dépenses de casernement de la gendarmerie nationale furent placées à la charge de l'État en application de l'article 66 de la loi de finances. Depuis cette date, l'État paye un loyer pour les immeubles appartenant aux départements.

Installation de la 12e Légion de la Garde Républicaine Mobile

C'est par décision ministérielle(1) du 26 juin 1937, que fut créée la 12e Légion de la Garde Républicaine Mobile avec Toulouse pour chef-lieu de Légion. Cette création emportait naturellement la mise à disposition d'un nouveau casernement.

L'établissement de la 12e Légion de la Garde républicaine Mobile à Toulouse fut précédée d'une décision ministérielle(2) du 24 février 1937 demandant au service du Génie d'établir des propositions afin de pourvoir à l'installation d'un État-major de Légion, d'un état-major de compagnie et trois pelotons, dont un à cheval, de Garde Républicaine Mobile. Le Génie devait notamment rechercher les immeubles disponibles, susceptible de constituer dans un délais très contraint et pour une dépense peu importante un casernement provisoire pour la légion. 

Le 7 juin 1937, en exécution des prescriptions du général commandant la 17e Région, la commission de casernement de la garnison de Toulouse se réunit au bureau de garnison. Composée de l'intendant militaire, du délégué représentant le général commandant d'Armes, du représentant du chef du Génie et du médecin de la direction du service de santé de la 17e Région, elle devait étudier la solution préconisée par le chef du Génie dans son rapport du 3 mars 1937 et approuvée dans son ensemble par le Ministre de tutelle.
Le casernement devait non seulement pouvoir répondre aux normes imposées pour le fonctionnement des locaux de services et des écuries affectées aux chevaux du peloton monté, mais encore être conforme aux prescriptions de la notice du 14 juillet 1933 relative aux installations de la Garde Républicaine Mobile.
La commission examina dans un premier temps les besoins de ces unités. Il s'agissait de loger 135 officiers, gradés, gardes et leurs familles, d'assurer l'entretien des quarante-quatre chevaux, le maintien opérationnel des trois camions, de la camionnette et de la voiture de liaison en dotation et de disposer de divers locaux pour les services généraux et administratifs. L'ensemble de ces contraintes et spécificités ne permirent pas de trouver un immeuble immédiatement disponible susceptible de convenir à l'installation en cause.

À l'issue des discussions, la commission proposa une solution qui satisfaisait au mieux les prescriptions de la circulairePlan_boulingrin ministérielle(3) relative aux installations provisoires de la Garde Républicaine Mobile : les logements des personnels ainsi que les services communs seraient installés dans le groupe d'immeubles de l'office public des habitations à bon marché de Toulouse situé dans le secteur du Boulingrin. Le directeur de l'office public avait répondu favorablement aux sollicitations de l'Administration de la guerre et proposait de mettre à sa disposition le corps des bâtiments F,G,H et une partie des logements du bâtiment D.
Ces immeubles, dont la construction était en voie d'achèvement, avaient été choisis pour leur disponibilité immédiate mais aussi pour leur situation proche du quartier général et des autres casernes de gendarmerie. Ils possédaient neuf locaux destinés à être utilisés comme garages. Les logements étaient équipés de l'eau courante, d'un réseau d'égouts, de sanitaires. Les établissements de bains-douches municipaux complétaient leur confort. Le quartier bénéficiait d'un service d'enlèvement quotidien des ordures ménagères et était desservi par deux lignes de tramway. Pour installer les locaux de services et les locaux communs quelques modifications seraient rendues nécessaires dans les logements du rez de chaussée. Les garages trop petits pour les camions seraient transformés en atelier, buanderie et séchoir. Cependant, ces pièces ne disposant pas de cheminée, les familles devraient faire bouillir leurs lessives dans leurs logements. Cette installation étant toute provisoire, les travaux à réaliser pour la dite installation seraient exécutés sans procéder à d'importantes transformations.

Une solution ayant été trouvée pour les familles et les bureaux, la commission discuta ensuite du logement des Caserne Nielquarante-quatre chevaux du peloton monté. Ainsi qu'il résultait des propositions faites par le colonel commandant le 14e régiment infanterie, les chevaux pourraient être logés sans difficulté dans la caserne Niel. Le fourrage du peloton serait emmagasiné dans la moitié nord de l'ancien magasin à fourrage servant actuellement de dépôt. La sellerie et la salle d'astiquage nécessaires au peloton pourraient être également installées dans les locaux de cette caserne. Toutefois, faute d'équipement, l'instruction ne pouvait s'y dérouler. La commission avança la possibilité pour la Garde d'utiliser, concurremment avec les troupes montés de la garnison, le manège et la carrière du quartier Caffarelli.

La commission proposa encore de regrouper le camion et la camionnette en dotation aux unités de la Garde Républicaine Mobile, ainsi que le carburant et les ingrédients nécessaires à leur fonctionnement, aux docks du quartier Compans. Cette solution présentait en particulier l'avantage de la proximité avec les ateliers de réparation de la 17e compagnie régionale du Train et du Groupe du 404e DCA.
Les participants à cette réunion abordèrent in fine la quetion des munitions. Hormis les munitions du service courant, ils décidèrent d'emmagasiner le reste des munitions et explosifs dans les locaux appropriés du Polygone (actuellement La Cartoucherie) ou de l'ancien Arsenal (actuellement Cité administrative et Université Toulouse 1 Capitole).

À la fin des échanges, les membres de la commission et les membres consultatifs convinrent que les solutions proposées par le service du Génie étaient les mieux adaptées à la situation. Le chef d'escadron, délégué du colonel commandant la Légion de la Garde Républicaine Mobile, estima qu'elles étaient acceptables dans leur ensemble, compte tenu évidemment des paramètres du moment.


Ce fut en vertu de la délégation donnée par le Conseil d'administration de l'Office Public d'Habitations à bon marché de12e légion Toulouse(4), que monsieur Abadie, secrétaire général, directeur de l'office, signa avec le chef de Bataillon Magnou, chef du Génie à Toulouse et représentant l'Administration de la Guerre, le bail à loyer devant permettre l'installation des personnels et des matériels de l'État-major de la 12e légion, de l'état-major du premier groupe, de l'état-major de l'escadron et ses trois pelotons de la Garde Républicaine Mobile.
Le bail comprenait la totalité du corps des bâtiments F, G, H situés en bordure de la rue Tivoli et une partie du bâtiment D donnant sur le rue Abel Autefage. Cet ensemble était composé de cent-vingt-deux logements, douze chambres séparées et neuf locaux à usage de garages. Quatre logements au rez de chaussée du bâtiment F furent consacrés aux bureaux et au magasin de la Légion. Quatre autres furent destinés aux magasins et bureaux de la compagnie et de ses trois pelotons. C'est au rez de chaussée du bâtiment G que furent logés, dans trois logements distincts, l'infirmerie, les salles de service et le Mess-cercle. Trois autres logements du rez de chaussée du bâtiment F et D furent également aménagés pour servir de salle d'instruction. Au total dix-neuf logements furent déclassés et aménagés en locaux de service.

Le bail fut signé le 30 novembre 1937 pour une durée de deux ans renouvelable et la Garde s'installa aussitôt après.
Le colonel Gauthier fut désigné chef de 12e légion de la Garde Républicaine Mobile le 12 octobre 1936. Il eut pour second le lieutenant-colonel Grugier et le chef d'escadron major Quelennec.


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Un terrain pour une nouvelle caserne

L'installation de la Garde Républicaine Mobile dans les logements de l'Office Public d'habitations à bon marché de Toulouse ne pouvait être que provisoire. Le ministre de la Défense nationale et de la Guerre Édouard Daladier, chargeait dès 1935 le commandant et directeur du Génie de la 5e Région militaire de rechercher des terrains situés sur le territoire de la commune de Toulouse susceptibles d'accueillir une nouvelle caserne.
De 1936 à 1937, le service local du Génie établit successivement quatre rapports techniques en vue de l'installation à Toulouse d'un État-major de Légion, d'un État-major de groupe, d'un État-major d'escadron et de deux pelotons à cheval. Parmi les suggestions, le directeur du génie proposa, les parcelles nos 172, 177, 178 et 144 cadastrées section « P » dite du Pont des Demoiselles et Courrège.

Ces terrains, faisaient partis d'un domaine agricole connu depuis toujours sous le nom de Courrège. Il devait son nom àune borde (une ferme) qui fut très probablement construite au cours du XVIIIe siècle, à miles toises (~ deux kilomètres) de laHauteur de Montrave ville, sur le chemin menant de Toulouse au hameau de Montaudran. Située à l'est de la ville, elle fut bâti sur le plateau formé par la chaine de mamelons s'étendant de Matabiau à Montaudran et appelée hauteur de Montrave ou du Calvinet. Sa situation géographique en fit, selon la légende, un point de repos pour les voyageurs et autres commerçants se rendant à Montaudra et qui, épuisés d'avoir gravit le chemin haut de Montaudran dit « la costo pabado(1) », y faisait une halte.  La légende raconte encore que les propriétaires des lieux fixèrent sur le mur de la bâtisse un long cordage pour permettre à leurs hôtes d'attacher leurs montures le temps d'une halte. Ce détail serait alors devenu une particularité qui aurait permis aux passants et autres accoutumés des lieux, de nommer la ferme « la courègeo » ce qui en langue d'Oc, signifie la courroie.
Cependant, il est plus probable que ce nom lui fut donné pour une autre singularité. En effet, dès le XVIIe siècle on désignait sous le terme de « courrèjo », une maison située sur une bande de terre étroite et allongée comme une courroie, une lanière.
Francisé et orthographié d'abord avec un « r », la métairie sera définitivement nommée Courrège (avec 2 « r ») dans les années 1820.

La première occupation militaire connue de cette borde eut lieu lors de la bataille de Toulouse, qui opposa l’Armée duPlan de la bataille de Toulouse Maréchal Soult, Duc de Dalmatie à l’Armée coalisée de Lord Wellington.

Au cours de cette bataille, la 4e division, commandée par le général Travot, s'établit du 6 au 10 avril 1814 sur la route pavée de Montaudran, occupant les fermes adjacentes à cette route, dont la métairie de Courège s'étendant jusqu'au pont des Demoiselles dont elle défendait les approches.
Le 11, le maréchal Soult ordonna la retraite. Les Anglais et Espagnols jusqu'alors tenus en échec en profitèrent pour occuper Toulouse dès le 12 avril. On estime que les pertes des deux cotés s'élevèrent à 12 000 hommes dont 8000 pour les alliés.

Des champs pour l'institut agricole

Suivant le cadastre napoléonien de 1830, le propriétaire de ce domaine était l'avocat Joseph Alexandre Catherine Amilhau, membre d'une grande famille toulousaine. Alexandre eut plusieurs enfants dont Marie Catherine Caroline et Rose Marie Joséphine qui naquirent en 1831 et 1833. À sa mort, le domaine fut scindé en deux et entra par héritage au patrimoine de ses deux filles.
Dès lors, la destinée de ce patrimoine familial fut étroitement lié à l'évolution de la ville et de ses besoins.

Rose Marie Joséphine Amilhau épousa en 1857 Marie Achille Laurens. Fils de Louis Théodore, ancien avoué à la Cour impériale de Toulouse, Achille était avocat, juge suppléant près le tribunal civil de première instance. Joseph Alexandre mourut la même année. Ce n'est qu'en 1888 que le couple reçu en héritage la moitié du domaine de Courrège sur lequel était bâti la métairie du même nom. En 1899, cette partie du domaine entra au patrimoine de leur fils Hypollite. La vocation agricole de cette métairie familiale allait cependant être abandonnée quelques années plus tard pour faire place à un projet ambitieux porté par un homme d'exception.

Toulouse grandissait et loin des préoccupations quotidiennes d'Hypollite, Paul Sabatier(1) fut nommé en 1905 doyen de la faculté des Sciences de Faculté des sciencesl'Université de Toulouse. Depuis plusieurs années, il œuvrait pour la création d'un Institut Agricole pour la ville. Grâce à sa ténacité l'institut fut fondé en 1909. Cependant faute de moyens, les premiers élèves durent, au cour des années qui suivirent sa création, se contenter d'un enseignement purement théorique donné dans les amphithéâtres et les laboratoires de la faculté des Sciences. La ville de Toulouse vint à son aide en mettant à sa disposition quelques terrains lui appartenant. L'enseignement pratique prendra toute sa dimension, lorsque le conseiller général et adjoint au maire Bernard Marrot mit gracieusement à sa disposition son domaine de Monlon. Mais cet arrangement généreux et désintéressé demeurait suspendu à la bonne volonté de son bienfaiteur. Aussi, pour pérenniser l'enseignement agricole et assurer la formation d'agriculteurs efficaces, l'Université décida au lendemain de la Guerre, d'acheter des terrains.

Ce fut avec le concours financier de plusieurs Conseils généraux, qu'elle acquit les onze hectares de terrain agricole, appartenant à Hypollite Laurens de la succession Rose Marie Amilhau et Achille Laurens, soit la moitié du domaine de CourrègeDomaine de Monlon pour une somme de 646 665 francs avec l'idée d'y construire l'Institut agricole trop à l'étroit à la faculté des sciences.
C'était sans compter sur l'extrême magnanimité du conseiller général Marrot qui décida, en 1920, de faire don à l'Université du domaine de Monlon. Cette propriété d'une superficie de 40 hectares comprenant une maison d'habitation, un château et des bâtiments destinés à l'exploitation avait l'avantage d'être située aux portes de Toulouse. Par décret du 14 avril 1920, le président de la république Paul Deschanel autorisa le recteur de l'académie de Toulouse d'accepter au nom de l'université cette donation. Ce don fut doublé d'une occasion inespérée qui permit à l'Université d'acheter en 1924 une ferme de 60 hectares voisine de celle de Monlon. Dans ces circonstances, les 11 hectares des terrains de Courrège n'eurent plus d'intérêt pour l'Université qui les revendit.

Finalement, ce fut la Société Générale Foncière, siégeant au 7 rue de la Boétie à Paris, qui racheta cette partie du domaine. Elle indiqua dans une lettre du 26 septembre 1926 adressée au maire de Toulouse, son intention de construire un lotissement sur les terrains acquis. Cet ensemble comporterait trois avenues nommées : « Courrège, Centrale et Cottage » reliant le chemin vicinal n°7 dit de Montaudran (aujourd'hui avenue Jean Rieux) et la route départementale n°2 dite de Revel (aujourd'hui avenue Saint-Exupéry). Ces trois avenues seraient reliées transversalement par une quatrième appelée « Terrasse » et formerait à l'intersection avec l'avenue centrale une place de 50 m sur 40 m dénommée « Pergola ». Après quelques modifications techniques, le Conseil municipal émit un avis favorable à la réalisation de ce lotissement qui débuta aussitôt. Les travaux de voirie et d'adduction furent terminés en 1932.

tramway ligne 22Le quartier en pleine expansion, fut desservi dès le 1er janvier 1907 par la mise en service de la ligne hippomobile sur rail "O" qui partait du Capitole. Trois ans plus tard, le 12 avril 1910, les chevaux furent remplacés par le tramway électrique. Longue de 3 km, la ligne qui comptait quatre motrices, empruntait la rue d'Alsace, la rue de Metz, la place Dupuis, la rue et le pont de Montaudran pour terminer à la Côte Pavée. En 1921 elle prit le numéro 22 qu'elle conserve encore aujourd'hui. L'énergie électrique permettait d'assurer en 1926, 115 aller et retour quotidiennement. Au mois de mars 1957, elle devint mixte et le tramway disputait alors la rue à l'autobus, mais il fut abandonné au mois de mai suivant. L'autobus assura seul la desserte jusqu'à la place de la Pergola.
En 1967, le terminus du Capitole fut déplacé aux Ponts-Jumeaux. La ligne ne cessa de s'allonger depuis pour aller aujourd'hui de Marengo-SNCF à Gonin.


Des champs pour une nouvelle caserne

Marie Catherine Amilhau épousa en 1852 Paul Isidore Eliezer Gineste de Saurs. Élève à la faculté de droit de Toulouse,Château de Saurs Paul Eliezer fut avocat à la cour royale dans la même ville. Il hérita à sa majorité de plusieurs métairies et du domaine familial de Saurs dans le Gaillacois sur lequel il fit construire de 1848 à 1851 le château de Saurs.
Marie Catherine, reçut en héritage, l'autre moitié du domaine de Courrège en 1888. Paul Isidore et Marie Catherine eurent deux enfants : Marc François Raoul et Jeanne marie qui s'unit en 1880 à François Passalaïgue. Paul Isidore mourut en 1892 et ses enfants Marc François Raoul et Jeanne Marie héritèrent du domaine. Afin de perpétuer la tradition agricole de ce domaine, Marc François Raoul fit bâtir en 1901 en bordure du chemin menant à Montaudran (aujourd'hui avenue Jean Rieux), un corps de ferme pour y loger un métayer.

La ville ne cessait de dévorer la campagne. La construction du lotissement Courrège sur les terrains ayant appartenus à leur cousin Hippolyte Laurens était déjà bien avancé. Le domaine de Paul Isidore et Marie Catherine paraissait ne plus être à sa place au milieu de toutes ces nouvelles constructions. En 1935, leurs petits-enfants, Paul fils de Marc Raoul Gineste et son cousin Marie Paul fils de François Passalaïgue furent contrariés par une décision gouvernementale.
En effet, le domaine de Courrège figurait parmi les quatre propositions produites par le directeur du Génie de la 5e Région militaire. Après avoir analysé les différentes possibilités, l'État envisagea en Courrège en 19351937 d'acquérir l'autre moitié du domaine de Courrège car ce terrain présentait tous les avantages requis pour la construction d'une nouvelle caserne. Paul Gineste et son cousin Marie Paul Passalaïgue accéptèrent de céder à l'amiable une partie des parcelles mais refusèrent obstinément de céder l'ensemble du domaine. Dans ces conditions, le projet de nouvelle caserne n'était plus réalisable. Une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique fut envisagée. Conformément à l'article 31 du décret-loi du 8 août 1935 relatif à l'expropriation pour cause d'utilité publique, il fut constitué une commission arbitrale qui devait se prononcer sur le bien fondé d'une telle proposition. Au terme de la réflexion, la commission se prononça pour l'acquisition de ces parcelles.
Sur le rapport de cette commission et en vertu des lois relatives à l'expropriation, le président du Conseil Albert Lebrun promulgua le 12 septembre 1938 le décret d'expropriation et d'acquisition pour le service militaire de l'ensemble des parcelles appartenant à Gineste de Saurs et Passalaïgue ainsi que deux autres parcelles plus petites, appartenant à deux autres particuliers, afin de permettre l'installation de formations de la Garde Républicaine Mobile.

Au terme de cette procédure administrative, l'affaire fut mise en jugement au tribunal civil de première instance de Toulouse qui rendit, au profit de l'Administration militaire, une Ordonnance d'expropriation le 17 avril 1939 à l'encontre de Gineste de Saur et Passalaigue et des deux autres propriétaires. L'expert, désigné par le tribunal fixa à 950 000 F l'indemnité à payer à Gineste de Saur et Passalaigue.


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Un fâcheux contre-temps

La Seconde Guerre mondiale empêcha la mise à exécution du projet.

Le terrain devenu militaire ne fut pas abandonné pour autant. Une grande partie des terres fut mise à la disposition du 24e régiment d'artillerie lourde (RAL) et du 117e régiment d'artillerie (RA) pour servir de jardin potager. Un pacage y fut  également réservé pour le service vétérinaire militaire. Le reste était occupé par deux sociétés sportives. 

Dès la fin de l'année 1945, le lieutenant-colonel Rouyer, commandant la 5e légion de la Garde Républicaine Mobile (ex 6e Lieutenant-colonel Rouyerrégiment de la Garde) adressait un rapport au ministre de la Guerre pour lui signaler l'urgence de reprendre le projet de construction. L'augmentation de la population toulousaine et le manque cruel de logements avaient conduit les autorités locales à demander au Génie l'autorisation de construire sur de terrain une centaine de baraques afin d'y loger des familles. L'occupation devait durer entre 3 et 4 ans, mais il ne fut donné aucune suite favorable à cette demande aux conséquences incertaines.

Un autre obstacle allait une nouvelle fois entraver l'exécution de l'opération. En effet, par exploit du 13 septembre 1948, Gineste de Saurs et Passalaïgue assignèrent le préfet en rétrocession de leur parcelles(1) au motif que ces terrains n'avaient pas reçu la destination qui leur avait été affectée. Le décret-loi relatif à l'expropriation accordait effectivement cette possibilité aux anciens propriétaires ou leurs ayant droits. Ce droit de rétrocession ne pouvant s'exercer que pendant dix ans à compter de la date du jugement, les co-propriétaires saisirent la Justice quelques mois avant l'expiration du délais. Le jugement en première instance en date du 7 avril 1949, fut défavorable à l'administration et le juge ordonna la rétrocession du terrain aux co-propriétaires par application stricte de la loi. Cependant, ce jugement ne retenait pas la période de guerre comme cas de force majeure.

L'Administration interjeta appel du jugement.
Le 9 novembre 1949, la première Chambre de la Cour d'appel de Toulouse débouta Gineste de Saurs et Passalaïgue. Plusieurs arguments furent produits au nombre desquels la non obligation pour l'État de terminer ou même de commencer les travaux dans le délais de dix ans du moment que la destination d'utilité publique n'était pas abandonnée. D'autre part la Cour souligna que le mot « travaux » ne se limitait pas uniquement à l'exécution matérielle des ouvrages, mais que la préparation des plans, les demandes de crédits, le stockage des matériels, les commandes, etc, constituaient également les travaux. Or le Génie avait réalisé une étude complète du projet dès le 15 juin 1939, et proposait à cette date les plans et devis pour l'implantation de la caserne.

Dès qu'il fut porté à la connaissance du Génie l'issu de cette bataille juridique, les mesures furent prises pour débuter les travaux. Une première autorisation de dépenses(2) de 10 millions de francs permit d'effectuer les travaux préparatoires de terrassement et de viabilité.

Dans cette période d'après-guerre, Toulouse, comme un très grand nombre de villes françaises, se trouva confrontée au manque cruel de logements. Les cadres de l'armée ne furent pas épargnés par cette pénurie et il fallut trouver une solution pour des familles soumises à de fréquentes mutations. Les plans de la caserne furent remis sur les tables à dessins. Pour dégager de l'espace, le Génie augmenta le nombre d'étages des immeubles et resserra leur implantation. Cette nouvelle distribution permit de dégager en bordure de l'avenue Saint-Exupéry, une parcelle de 1ha 24a pour la construction de logements réservés uniquement aux cadres de l'armée. L'utilité publique de cette construction fut prononcée par décret du 21 mars 1949. Les travaux furent exécutés en deux tranches de 50 et 20 logements.


La construction de la caserne

Les besoins en logements, ateliers, magasins et bureaux ayant été redéfinis, c'est au chef de bataillon Champagne, alors directeur de travaux du Génie de Toulouse que fut confié les travaux préliminaires à la construction. Depuis déjà quelques années, la Garde Républicaine Mobile n'avaient plus d'unité montée et les chevaux avaient fait place au motos, Half-Track, scout-car et autres engins hérités de la guerre. Ce nouvel équipement avait changé les mentalités et imposé une nouvelle conception du maintien de l'ordre et de sa logistique. Pour optimiser l'avantage opérationnel qu'il présentait, le colonel Gendrault, commandant la 5e Légion de la Garde Républicaine Mobile, fut associé de plein droit aux préparatifs et à l'élaboration du projet. Il apporta son concours aux nombreuses études qui furent réalisées.

Le premier plan de masse, dressé par le chef de bataillon Champagne et les architectes Gérard et Verrey, fut définitivement approuvé le 17 mai 1952 par le secrétaire d'État à la Guerre qui demanda au colonel Courrière, commandant et directeur du Génie de la 5e Région militaire de lancer les travaux.
Les fondations des premiers bâtiments furent coulées dès 1953. L'exiguïté des locaux de l'Office Public d'Habitation à bon marché de la rue Tivoli ne permettant pas le stockage et l'entretien des véhicules, une partie importante de ces engins était stationnée dans les hangars de la caserne Compans. Cette dispersion des personnels et des véhicules décida le colonel Gendrau, commandant la 5e Légion de la Garde Républicaine Mobile, de faire construire en priorité un grand atelier de réparation. Le bâtiment fut érigé par l'entreprise Juanole sous le contrôle du capitaine du Génie Cholley et du conducteur de travaux Burleau. Il fut inauguré le 1er Avril 1954. Le 20 juillet suivant, le général de corps d'Armée Jousse, commandant la 5e Région militaire, provoquait à l'hôtel Duranti, une réunion de la commission de casernement de la garnison de Toulouse afin d'étudier l'affectation des surfaces couvertes des différentes casernes de la ville. Il confia au général Candille, commandant régional de la gendarmerie de la 5e Région, l'étude sur la possibilité de loger à titre provisoire dans l'atelier nouvellement construit à Courrège, les véhicules que la Garde Républicaine Mobile stationnés dans les hangars de la caserne Compans.
Il fut décidé que ce nouveau bâtiment serait immédiatement occupé par les véhicules du 1er escadron. Après quelques modification de l'atelier pour son gardiennage, le lieutenant-colonel Morisot, commandant la 5e légion de Garde Républicaine Mobile, demandait au capitaine Janin, commandant le 1er escadron, de prendre toutes les dispositions afin d'évacuer pour le 29 septembre 1954 au plus tard, trois travées occupées à Compans. Cependant, la Garde conservait à Compans les travées nécessaires pour abriter le restant des véhicules, les machines outils de l'atelier, la menuiserie, l'armurerie, du matériel du Génie et du matériel divers.

 Ce déficit en surfaces couvertes, amena le colonel Morisot, devenu commandant de la 5e légion de Garde RépublicaineZone technique Mobile, à demander que soit construit en priorité les bâtiments destinés aux garages pour les véhicules. Leur construction débuta à la fin de l'année 1953 . Ces deux bâtiments en forme de « L » furent adossés à l'avenue Jean Rieux et aux propriétés de la rue Charcot. Bâtis par l'entreprise Guiraudie sous le contrôle du capitaine Clavel assisté du conducteur de travaux Burlau, leur construction s'acheva à la fin de l'année 1954. Au mois de mai 1955, les derniers engins et matériels stockés à Compans, à l'exception de l'armurerie et de la menuiserie furent transférés à Courrège.
Après approbation par la secrétaire d'État à la guerre en octobre 1953, et alors que les garages sortaient de terre, la construction du premier bâtiment à usage d'habitation débuta au début de l'année 1954. Sous la direction du colonel du Génie Martin, l'entreprise Fioro, contrôlée par le capitaine du Génie Clavel et le conducteur des travaux Burlau, construisit ce bâtiment qui sera achevé début 1956.

Cependant, et bien que le secrétaire d'État à la Guerre décida dans un courrier du 26 mai 1954 des bâtiments qui devaient faire l'objet des prochaines construction, le chantier fut mis en sommeil de la fin 1955 à 1957.

Ce n'est qu'en octobre 1957 que le secrétaire d'État aux Forces Armées autorisa un nouvel engagement de dépenses. Ainsi débuta la construction de la seconde barre d'habitation sous la direction du Colonel Demerle, commandant les travaux du Génie et en accord avec le Colonel Raulet, commandant la 5e légion de gendarmerie mobile. L’entreprise Guiraudie fut en mesure de remettre les logements aux utilisateurs au mois d'avril 1960. Par décision du 16 février 1960, le Ministre approuva les plans et accorda les crédits nécessaires à la construction de bâtiments techniques. Devenu directeur des travaux du Génie de Toulouse, le Colonel Duplissy en entente avec le lieutenant-colonel Cann, commandant la 5e légion de gendarmerie mobile, confiera à l'entreprise Loupiac la construction de ces bâtiments qui seront terminés fin septembre 1962.

Courrège fin 1963Une nouvelle décision ministérielle en date du 13 septembre 1960 permit le lancement de trois nouveaux immeubles à usage d'habitation. Leur construction débuta en 1961.
La dernière décision, complétant l'ensemble des crédits, fut établie par le Ministre le 24 février 1961. Elle permit à l'entreprise Loupiac de construire les trois derniers immeubles à usage d'habitation et à l'entreprise Guiraudie de construire le bâtiment administratif et le bâtiment de service destiné à recevoir le mess et le centre médical. Ce fut sous l’impulsion du Colonel Flouquet, commandant la 5e légion de gendarmerie mobile, que le Colonel du génie Lauga fit réaliser ces travaux. Les premiers immeubles furent terminés en octobre 1962, les autres en janvier 1963.
En décembre 1963, le service médical de la Légion quitta les immeubles de la caserne du Boulingrin pour venir s'installer à Courrège. En janvier 1964 ce fut le tour du Mess-cercle de quitter Boulingrin pour prendre possession des cuisines, salles et locaux qui lui furent attribués. Il fallut attendre le mois de mars 1966 pour assister à la construction des villas destinées au général, commandant la gendarmerie de la Ve Région Militaire et aux colonels, commandants de la 5e légion et de la 5e Légion de gendarmerie Mobile.



Vue aérienne caserne Courrège - 1966La caserne fut inaugurée le 10 octobre 1964 par le général Demettre, commandant régional de la gendarmerie enInauguration de la caserne présence de monsieur Périer, directeur de la gendarmerie et de la justice militaire.

Ainsi, plus de 26 ans se sont écoulés entre les premières esquisses crayonnées sur les planches à dessins du service du Génie et la fin de la construction de la caserne. Dix ans sépareront le premier coup de pioche de son occupation totale.

La ferme Courrège a depuis disparu des mémoires. Il ne reste d'elle que son nom qui fut attribué pour la première partie du domaine à l'avenue qui l'a fait disparaître et pour l'autre à la caserne de Gendarmerie.


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