L'uniforme fut introduit dans l'armée française par François Michel Le Tellier, marquis de Louvois (1641-1691) alors ministre de Louis XIV, et c'est en 1690 que paraissent les premières Ordonnances prescrivant un habillement uniforme à tous les soldats d'un même régiment. Dans la maréchaussée, il faudra attendre l'Ordonnance du 16 mars 1720 qui, supprimant toutes les anciennes maréchaussées provinciales et créant la nouvelle maréchaussée royale, fixa d'une façon précise l'uniforme des différentes compagnies de celle-ci.

Dès lors, l'uniforme de la nouvelle maréchaussée suivra dans ses grandes lignes les modifications subies par celui du reste de l'armée, en particulier le vêtement principal changera de forme en même temps que celui des autres troupes.

Ordonnance de 1584

Pendant plusieurs siècles, les archers de la maréchaussée furent vêtus comme les autres hommes de guerre de leur époque. Henri III (1574-1589) dans son Ordonnance de 1584, fixa la tenue et l'équipement des archers de la manière suivante :

archer de la maréchaussée vers 1710
Tenue :
  • La saye, saie ou seguin, (ce vêtement s'attachait au bas de la cuirasse et couvrait les cuisses. Il soutenait l'épée).
  • Le hoqueton ou casaque militaire. (Ce vêtement appelé la Jacque était une espèce de justaucorps qui descendait jusqu'aux genoux. Il était réalisé par l'empilement d'une trentaine de toiles le plus souvent usées, revêtu d'un cuir de cerf et d'une doublure à l'avenant).
Armement :
  • Un armet ou bourguignotte (casque),
  • un corps de cuirasse,
  • Des avants-bras ou brassards,
  • des tassettes (parties recouvrant les hanches),
  • des cuissots (partie recouvrant les cuisses).
  • une "bonne et forte" lance
  • un estoc (longue épée)
Monture :

Selon ce même texte, l'archer devait posséder un bon cheval de service.

Signes distinctifs :

Chaque compagnie de prévôt des maréchaux portait la casaque ou hoqueton à la livrée de son chef, ayant d'un coté ses armes et de l'autre celle du Roi surmontée d'un "L" couronné.

ORDONNANCE DE 1720

Au cours du XVIIe siècle, les parties métalliques de cet habillement vont peu à peu disparaître en même temps que la lance. Les grandes bottes, le justaucorps de buffle et le chapeau vont carractériser les archers de la maréchaussée de 1650. Le buffle va devenir à son tour un vêtement de dessous et se recouvrir d'un vêtement de drap à manches qui portera encore le nom de casaque, hocqueton ou justaucorps et qui sera modifié au grès des règlements. Vers 1700, ce vêtement est bleu pour presque toute la maréchaussée, qui porte par dessus une bandoulière de cuir jaune ou fauve.

C'est l'ordonnance du 16 mars 1720, sur la subordination et la discipline des nouvelles maréchaussées qui donne les premiers renseignemets sur l'uniforme de ces compagnies. Pour faire face à la dépense, les trésoriers généraux effectuaient une retenue trimestrielle sur solde d'un montant de 20 livres pour les exempts, 15 livres pour les brigadiers, 12 livres pour les sous-brigadiers et 10 livres pour les archers. Le produit de ces retenues (appelé masse) servait aussi pour l'armement et les équipements.


cavalier vers 1727
Composition de l'habit :
  • un justaucorps (ou habit) de drap bleu doublé de rouge,
  • parements rouges,
  • boutons et galons d'argents,
  • aiguillettes de soie blanche,
  • chapeau à trois cornes bordé d'un galon d'argent (le tricorne appelé «lampion»),
  • cocarde noire en 1756 puis blanche à partir de 1769
  • bandoulière de buffle de quatre pouces et demi de large bordé d'un galon d'argent
  • ceinturon de buffle de deux pouces et demi de large bordé d'un galon d'argent,
  • manteau bleu avec parements rouges,
  • housse de cheval en drap bleu bordée d'un galon blanc,
  • Chaperon ou fourreau de pistolet avec un bordé et un galon de soie blanche
  • Bottines à boucles en cuivre (en 1756 on y substitua la botte molle avec manchettes)
  • Veste et culotte chamois drap de Sedan
Signes distinctifs.
  • Pour les Sous-Brigadiers : trois ganses d'argent à queue sur la manche.
  • Pour les Brigadiers : six gances d'argent à queue, dont trois au dessus de la manche et trois au-dessous.
  • Pour les Exempts, trois gances d'argent à queue sur chacune des manches, trois autres au-devant de chaque côté du justaucorps et trois sur chacune des poches.
  • Pour les Lieutenans, six gances au-devant de chaque côté du justaucorps, dont une en haut, deux au milieu et trois au-dessus des poches, trois à chacune des manches, trois à chacune des poches, une sur le côté et trois au derrière de l'habit et bordé sur tout l'habit.
  • Pour les Prévôts : des gances au-devant de l'habit de deux en deux, jusqu’aux poches, quatre sur chacune des manches et quatre sur chacune des poches, quatre au derrière de l'habit, une sur chacun des cotés.

Monture :

Les chevaux devaient avoir la taille de ceux des dragons, c'est à dire d'une hauteur, mesurée du sol à la naissance des crins sur le garrot, comprise entre quatre pieds et quatre pieds deux pouces. Ils devaient être, suivant l'ordonnance militaire du 24 novembre 1691, à crinière.

Ce ne fut qu'en 1769 qu'on porta l'épaulette dans la maréchaussée. De 1720 à 1756, l'uniforme reçut peu de modifications. En 1769 les cheveux des hommes furent liés avec ruban et rosette noirs et la queue et la tête des chevaux ornées d'un ruban et cocarde en laine écarlate.

ORDONNANCE DE 1756

Cette Ordonnance du 10 octobre 1756 apportait quelques modifications à celle de 1720, la plus important étant la suppression de l'aiguillette d'argent pour les exempts et de soie pour les brigadiers, sous-brigadiers et cavaliers. Par ailleurs, les brigadiers et sous-brigadiers n'étaient plus obligés de porter la bandoulière, les bottes molles remplaçaient les bottines à boucles de cuivre.

Le justaucorps des exempts était fait de drap fin bleu de roi, avec parements doublure écarlate, d'une veste de drap couleur chamois doublée de serge blanche et d'un surtout de camelot fin bleu doublé de serge écarlate. Les brigadiers, sous-brigadiers et cavaliers recevaient un habit de drap croisé bleu de roi, teint en laine parement de drap écarlate et doublé de serge rouge garance, une veste de drap de même qualité, couleur chamois doublée de serge blanche et un surtout de bourracan bleu doublé de serge rouge.

Le chapeau de feutre comportait une bordure de deux pouces de large pour les exempts, vingt lignes pour les brigadiers, sous-brigadiers et cavalier avec cocarde de ruban noir.

ORDONNANCE DE 1769

L'ordonnance du 27 décembre 1769 transforme le justaucorps en un habit à revers, dit à la française, utilisé depuis quelques années dans d'autres corps de troupes. La militarisation de la maréchaussée va avoir une grande influence sur l'uniforme. Cette Ordonnance, donne un rang dans le personnel de l'armée au personnel de tous grades de la maréchaussée. Ainsi les prévôts généraux prennent rang de lieutenant-colonel de cavalerie, les lieutenants de capitaines, les exempts de lieutenants, les brigadiers et sous-brigadiers, de maréchaux des logis.

L'habit demeure bleu, avec le collet bleu, les parements et les revers de drap écarlate, la doublure rouge. L'épaule gauche est ornée d'un galon d'argent de douze lignes qui forme épaulette pour retenir la bandoulière. La veste est en drap chamois. La culotte en peau de daim, les gants chamois. Le surtout en drap bleu comme le manteau parementé de rouge. La cocarde du chapeau est blanche et les cheveux doivent être liés en queue avec une rosette noire. Les bottines disparaissent au profit de bottes molles de cuir de veau fort comportant une genouillère.

Le harnachement reste identique. Le ruban de la queue du cheval est écarlate.

ORDONNANCE DE 1778

L'Ordonnance du 28 avril 1778 contient des indications nettes et abondantes qui définissent un uniforme qui va durer plus de trente ans. Le règlement du 1er octobre 1786 qui est essentiel pour l'histoire des uniformes de l'armée, n'apportera pour la maréchaussée qu'une seule modification concernant le drap du manteau. La révolution et l'Empire ne feront à leur tour subir que des modifications de détail à cet uniforme réglé en 1778. L'habit était conçus de la manière suivante :


cavalier vers 1786
L'uniforme :

 Un habit de draps de Lodève ou de Berry, bleu de roi naturel à parements, revers et collets en drap écarlate doublé en serge rouge garance (drap d'Elbeuf pour les officiers)

  • une veste de drap couleur chamois doublée de serge blanche
  • une culotte de peau couleur naturelle faite à pont levis
  • une épaulette de drap bleu avec un liseré écarlate sur l'épaule droite
  • l'habit étant garni de 16 gros et 16 petits boutons de métal blanc portant un écusson à trois fleurs de lys environnées de branches de laurier et d'olivier (boutons argentés pour les officiers).
  • un manteau de drap gris, piqué de bleu, à collet montant dont la ritonde est bordée d'un galon d'argent pour les commandant de brigade.
  • la coiffe est constitué d'un chapeau rond aux ailes retroussées et bordées d'un galon d'argent. Sur l'aile gauche est fixé un bouton auquel est attaché une ganse en fil d'argent et une cocarde de bafin blanc.

Les distinctions de grade :
L'aiguillette :
L'équipement :

Les sous-officiers et cavaliers entretenaient à leurs frais leurs culotte d'uniforme, leurs gants, bottes, mais aussi les selles et brides. Le produit des masses ne servant qu'à l'entretien des autres effets composant l'uniforme, du harnachement et de l'équipement. Les fonds pour les masses d'habillement étaient versés annuellement aux prévôts.

Monture et leur harnachement :

Chaque cavalier achetait son cheval dans une fourchette d'âge de quatre à huit ans. Lorsqu'il était mis en réforme ou si le cheval était mort, l'achat du nouveau cheval se faisait sur la masse de remonte, mais si l'argent disponible n'était pas suffisant, le cavalier payait la différence. Une retenue de deux sols par jour sur leur solde était destinée au paiement du ferrage des chevaux et à l'entretien du linge. Les chevaux étaient harnachés de la manière suivante :

L'armement :

L'armement était fourni par le roi, il consistait en :

En service, les cavaliers devaient être toujours armés de leur mousqueton et baïonette sous peine d'être mis en prison et d'être destitué en cas de récédive.

Loi de février 1791 et avril 1792

Les innovations de la Révolution en matière d'uniforme ne furent pas plus importantes que celles apportées par elle dans les autres domaines de l'organisation militaire. L'uniforme de la gendarmerie reste dans ses grandes lignes celui porté par la maréchaussée depuis 1778. La gendarmerie nationale, créée le 16 janvier 1791, voit son organisation fixée par la loi du 16 février 1791. Dans son titre III, elle précise que « les officiers, sous-officiers et gendarmes de la gendarmerie nationale conserveront l'uniforme dont ils ont fait usage jusqu'à présent; ils ajouteront néanmoins un passe-poil blanc au collet, au revers et au parement, et porteront à leur chapeau la cocarde nationale ». La loi du 29 avril 1792 ajoute quelques précisions.

gendarme vers 1806

Les modifications sont les suivantes :

  • Un passe-poil blanc est rajouté au collet, au revers et au parement,
  • les manches seront coupées comme celles de la cavalerie,
  • le revers des manches s'orne d'une patte de parement écarlate comportant trois boutons,
  • l'habit est garni de deux pattes d'épaule semblables au lieu d'une précédemment,
  • l'aiguillette est supprimée (du moins en théorie),
  • la fleur de lys gravées sur les boutons en étain est remplacée par l'inscription : « Force à la loi »,
  • la cocarde tricolore remplace la blanche sur le chapeau* qui s'orne d'un pompon sphérique rouge.

* Sous la révolution, les dimensions du chapeau augmentent et les ailes s'allongent ; la coiffure qui est encore souple oscille entre une forme allongée sur les épaules et une forme plus étroite mais plus haute. Il sera porté tantôt à plat (pointes parallèles aux épaules) tantôt en colonne (pointes perpendiculaires aux épaules).

Loi du 7 germinal an V

La loi du 7 germinal an V (27 mars 1797) rétablira l'aiguillette aux trois couleurs. Dans son titre V elle stipulera que « le nouveau corps de la gendarmerie nationale portera le même uniforme que l'ancien : il y sera ajouté l'aiguillette au trois couleurs, et sur le baudrier sera appliqué une plaque de cuivre argenté portant ces mots : Respect aux personnes et aux propriétés.
Le Directoire exécutif est chargé d'en déterminé les formes et les dimensions».

L'aiguillette tricolore comportait deux brins nattés en blanc, les deux cordons ronds étant l'un bleu et l'autre rouge.




C'est par petites touches que l'uniforme sera modifié. Ainsi celui de la gendarmerie impériale reprendra pour partie celui des années précédentes. Il faudra attendre le règlement du 22 septembre 1826 pour qu'il soit fixé dans toutes ses parties.
La révolution de 1830 apporta quelques changements à ce règlement de telle sorte qu'il ne resta plus dans l'uniforme de la gendarmerie aucun effet rappelant celui de la maréchaussée. Le 18 avril 1836 parut un nouveau règlement qui abrogea entièrement celui du 22 septembre 1826.

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