le connétable

Des origines
La coutume Franque

Pour attacher à leur personne et conserver les territoires qu'ils avaient conquis, les chefs des différentes tribus quiguerrier Franc menaient des actions de conquêtes, s'inspirèrent dans un premier temps des Germains.
Ces guerriers, réunissaient un certain nombre de compagnons qui les reconnaissaient comme modèle et leur chef. Après la bataille, le chef vainqueur distribuait à ses soldats une partie du butin et des terres conquises.
Les leudes ou compagnons n'avaient que l'usufruit des bénéfices. Cette coutume avait été créée pour les récompenser de leurs services, mais aussi pour qu'ils restent fidèles à leurs chefs.

Sous les rois francs, cette règle perdura à la différence que ces bénéfices prirent le nom de fief qui au-delà de la fidélité, exprimait la soumission. Les fiefs relevaient directement de la couronne et ceux qui les tenaient devaient au roi, l'hommage, le serment de fidélité et le service des armes. Mais cette tradition était loin de suffire pour construire et administrer durablement un royaume.


Le modèle romain

Cette coutume s'appliqua sans grande difficulté dans le nord du pays aux mains d'autres tribus barbares. Elle se heurta cependant au caractère particulier du pays de langue d'Oc forgé durant des siècles, par la grande civilisation romaine. Rome avait développé sa culture et son administration dans cette région qu'elle avait baptisée : Septimanie. Suivant leurs usages, les Romains avaient divisé le pays en petites unités appelées « municipes ». C'étaient des villes soumises à Rome auxquelles étaient rattachées plusieurs petites communautés. Ces villes, administrées par un comte, se partageaient sur la base d'un tarif commun, les charges générales dues à la province et les dépenses relatives à l'entretien et à l'amélioration de leur district diocésain. Quand les Goths s'établirent à leur tour, ils adoptèrent le principe et installèrent tout simplement leurs comtes dans ces cités ou municipalités diocésaines. Cette situation perdura et lorsque Charlemagne érigea le Duché d'Aquitaine en royaume en faveur de son fils, il en conserva cette hiérarchie administrative. 

Par la suite, la monarchie française emprunta à Rome qui finissait de se consumer, de très nombreux modèles qu'elle adapta aux rigueurs de ses coutumes barbares. Dans la pratique, elle fit siens les titres et les fonctions que les Romains utilisaient pour leur administration. Ils joignirent à ces titres le droit de justice, à l'imitation des Romains qui confiaient à leurs officiers du nom de préfet et de présidents de provinces l'administration de la justice. Dans les Gaules, cette dernière était exercée par les druides, conjointement avec les nobles.

Parmi ces titres, il y avait celui de  « Duc » (du latin dux, ducis : le guide, le chef, le général) chargé des grands commandements et de la direction de grandes provinces. Vers la fin du IXe siècle, lorsque les duchés devinrent héréditaires, leur nombre fut fixé à sept. Il y avait le duché de France, de Bretagne, de Gasconne, de Bourgogne, de Normandie, de Lorraine et d'Aquitaine. Le titre de « marquis » (marchio) était concédé aux comtes dont le devoir était de garder les marches (frontières). Les anciennes cités, sous le nom de comtés formèrent une division civile et ecclésiastique à la tête desquelles, furent établis les comtes. Les localités de faible importance, qui prirent le nom de châtellenies (castella), étaient soumises à des viguiers (vicarii) ou des vicomtes (vice-comites).

Ce titre de comte (du latin comes, comitis : le compagnon) fut ensuite donné aux officiers qui remplissaient les principales charges publiques. Il y avait les comtes de l'annone (impôt perçu en nature sur le produit de la récolte annuelle), les comtes du trésor, du palais, des domestiques, etc... Le comte de l'étable, COMES STABULI, était l'officier qui avait autorité sur les écuries et chevaux des dignitaires. Dans la maison du roi, il sera l'officier chargé de la surintendance des écuries. Responsable de l'entretien des chevaux, il avait aussi pour charge de faire fournir par les provinces, les coursiers qu'elles devaient tous les ans aux écuries royales.

Depuis nommé CONSTABULUS, CONNESTABILIS, CONNESTABLE, CONNETABLE, cette charge était dans son origine qu'un office de la maison du prince, en rapport avec celle de grand écuyer, qui paraît lui avoir succédé. L'origine latine du mot suffit pour compren­dre que les prérogatives attachées à cette fonction excluaient tout commande­ment militaire et se réduisait à une simple fonction de gestion. D'ailleurs ce mot était utilisé dans les monastères pour désigner le religieux chargé de l'accueil de ses hôtes et du soin de leurs montures.


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L'ascension
La dignité de la charge

À cette époque, les officiers du palais attachés à la personne du roi ou de l'empereur n'avaient aucune influence directe sur l'administration générale du royaume. Parmi eux, le sénéchal, préposé en chef au domaine du prince, et à la défense du palais, le bouteiller chargé de la fourniture des boissons. Il y avait aussi le mansionnaire (mansio, mansionis : action de séjourner, de résider) qui sera appelé plus tard maréchal des logis du palais. Son rôle était de s'assurer, suivant une ancienne tradition, de l'hébergement du prince lors Hugues Capetde ses déplacements en prévenant les intendants royaux et les personnes chargées de ce service. Le camérier chargé, sous les ordres de la reine, de la décoration du palais et des dons annuels aux serviteurs et vassaux. Venait ensuite le sacellaire ou trésorier, l'économe, les veneurs, le gardien de la vaisselle, les gardiens des chiens de chasse et les écuyers.
Le nombre de pages, de vassaux et d'officiers du palais qu'entretenait le roi, avait pour but de rehausser sa dignité royale. Le cheval en particulier représentait la puissance, la richesse et la supériorité. À ce titre, l'officier responsable des écuries était des plus précieux, car il participait pour une grande part à la magnificence du prince. En 523, Childebert Ier, roi de Paris élèvera cet officier de sa maison en officier de la Couronne. Il portera aussi le nom de « Comitatus Stabulorum ». Cette dignité prit au fil du temps, toute sa place parmi les grands du royaume de sorte que sous la dynastie des Carolingiens ( 751 - 987 ), elle était l'une des premières. Son état de splendeur perdura depuis Pépin (roi de 752 à 768) dit le bref, jusqu'à l'avènement de la troisième dynastie en la personne de Hugues Capet en 987.

C'est probablement sous le règne de ce dernier ou celui de son fils Robert Ier que le connétable fut encore plus honoré et considéré, de simple officier de la maison du roi, il devint le premier des officiers militaires. Une de ses fonctions fut à partir de 996, de signer toutes les lettres du roi comme témoin avec le sénéchal, le chancelier et les chambellansVoir glossaire. Désormais, aucune expédition ne pouvait se faire sans sa signature.

Cette nouvelle responsabilité sur les armées du roi en fit un titre militaire de sorte que sous le règne de Louis VI dit le Gros (roi de 1108 à 1137) les chefs des troupes militaires et des compagnies de gens de guerre qui pouvaient lever une armée en province, prirent à leur tour le nom de connétable (exemple : sous le règne de Philippe II (1180 - 1223) le Duc de Bourgogne fait mention dans sa correspondance de Pons de Frolleis son connétable. D'autres documents en date du 16 avril 1216 font état d'Archambaut, sire de Bourbon et Guillaume, sire de Dampierre successivement connétable de Champagne qui déclaraient tenir cet office à vie et non par héritage.) Ce terme resta en usage très longtemps puisque dans un règlement que le roi Jean (roi de 1350 à 1364) dit le Bon, avait élaboré pour sa gendarmerieVoir glossaire le 30 avril 1351, il y mentionne que chaque chef de connétablie ou chaque connétable prendra double gage. Cependant, pour éviter toutes confusions, au titre de ces connétables on ajoutait le nom de la province (exemple : Beraud, sire de Mercoeur, connétable de Champagne) tandis que celui de la couronne portait seul le titre de « Connétable de France »Voir glossaire. Cette excellence lui permettait d'être le seul à la tête de toutes les troupes du royaume.

Sous le règne de Philippe II dit Auguste (roi de 1180 à 1223), l'office de Grand SénéchalVoir glossaire de France ne fut plus rempli après le décès en 1191 de messire Thibault, comte de Blois, mort au siège de Saint-Jean-d'Acre et possesseur du titre. Il n'y eut point d'ordonnance pour la suppression de cette dignité, mais le roi cessa de nommer à cette charge car, les pouvoirs immenses que cet officier concentrait entre ses mains, étaient devenus un contre poids trop important à son autorité royale.Philippe II - Auguste Cette méfiance était la conséquence de la délicate ascension des Capétiens à la couronne. Élu roi, Hugues Capet était loin de faire l'unanimité parmi ses électeurs qui lui feront sentir la fragilité de son état. Ses descendants n'échapperont pas à la règle et veilleront à faire couronner leurs fils de leur vivant.
Cette suppression créa un vide qui permit à Philippe II de consolider sa toute-puissance, et de s'imposer comme monarque absolu. Dans le même dessein, il sera le premier monarque à prendre le titre de « Roi de France » et non plus roi des Francs.

La politique de ce prince fut de séparer tous les pouvoirs qui avaient été réunis sur une seule tête. Les grands baillis eurent l'exercice de la juridiction suprême et le roi choisit dans sa maison l'officier qui, après le sénéchal, avait la plus grande capacité pour commander ses troupes. La multitude de chevaux servant au roi et à sa cour, faisait du connétable le personnage qui avait le plus grand nombre d'officiers sous ses ordres. Ce fut donc sous Philippe Auguste que débuta l'ascension du connétable auquel le roi accorda tout à la fois sa confiance et des pouvoirs limités. Mathieu de Montmorency, deuxième du nom, sera nommé connétable sur commission en 1218 et devint Principem militiae, chef de la milice. Cependant, le connétable n'eut le commandement des armées que par commission, tant que la charge de sénéchal ne fut point supprimée. La police de l'hôtel du roi qui faisait partie de l'autorité du sénéchal fut confiée à un Maître d'hôtel.

C'est son fils, Louis VIII (roi de 1223 à 1226), qui donnera au titre de connétable ses plus grandes lettres de noblesse, mais comme son père, il ne lui accordera le commandement de ses armées que par commissions. Il lui confiera la discipline de sa gendarmerie et lui donnera des pouvoirs de justice pour régler tous les différends entre gens d'armes. Il le créera « Lieutenant général du Roy ». Désormais, le connétable de France est le premier personnage de l'état après le roi et même les princes de sang lui doivent obéissance. Cette dignité ne sera dès lors confiée, à quelques rares exceptions près, qu'à des seigneurs de la plus haute naissance. (note 1)


Honneur et prestige

Le chemin parcouru par le comte de l'étable pour parvenir à la dignité de connétable fut long, progressif et soumis à la politique du prince et au prestige de ceux qui en furent un jour pourvus. Á la lecture de différents documents, on peut considérer que la dignité de connétable ne devint la première dignité du royaume qu'en 1262 sous le règne de Louis IX - Saint-Louis (1226 - 1270). En effet, tous les documents précédant cette date comportent la mention vacante Dapiseratu c'est-à-dire en l'absence du titulaire. À compter de cette date, cette mention est supprimée et la dignité de connétable devint la première dignité de l'état.

Le connétable

Les appointements nous donnent une bonne indication sur cette charge. En 1288, ils s'élevaient en temps de paix à 25 « sous Parisis » par jour. Cette somme était augmentée de 10 livres les jours de fête. Pour leur habillement il touchait 25 livres par an. Sous Charles VI dit le Bien Aimé (roi de 1380 à 1422) les appointements des connétables étaient de 2000 livres or par mois.
Lorsque les provisions de l'office de Connétable furent remplies en faveur de Anne, sire de Montmorency, ses gages et ceux de ses prédécesseurs, s'élevaient à 24 000 livres Tournois.

Les arrêts du parlement de Paris attestent également de cette ascension. Un Arrêt du 14 avril 1224 porte « que les connétables ont prééminence d'assister avec les Pairs de France aux jugements des Pairs ». Lorsqu'ils siégeaient, la place de chaque dignitaire était précisée en fonction de son rang. Les membres qui composaient l'assemblée étaient divisés en trois. En 1260, sous le règne de Louis IX, le Parlement de Paris fixe la séance du connétable de Ponthieu à la deuxième place dans la deuxième colonne. Le premier rang était occupé par les seigneurs ecclésiastiques, le second par les seigneurs de la Cour, le troisième par les baillis. En 1278, le connétable est désigné pour occuper le premier rang après l'abbé de Saint-Denis. Sous le règne de Philippe IV dit Le Bel, un autre arrêt du Parlement, fixe la place du connétable de France le comte de Ponthieu après l'archevêque de Reims, les évêques d'Orléans, de Paris et le Duc de Bourgogne. Sous le court règne de Louis X (1314 - 1316) dit Le Hutin, le Parlement décide que sur les 23 membres qui composent le conseil du roi, le connétable tiendra la troisième place et le chancelier la dernière. En 1412, suivant l'arrêt du 22 août, il siégeait avant le chancelierVoir glossaire et en 1549, il prit séance après les Princes du sang et les Pairs de France. La dignité de connétable étant devenu l'une des plus hautes distinctions du royaume, François Ier l'installa au-dessus de toutes les composantes de la couronne. Il ordonna pour cela que les sentences rendues par la juridiction de la Table de marbre ne soient plus intitulées au nom du connétable, mais seulement au nom des maréchaux de France pour ne pas réduire cette suprême dignité aux limites de cette juridiction.
Le connétable avait son logement à la cour en quelques lieux où se trouvait le roi. Un attenta contre sa personne était considérée comme un crime de lèse-majesté. En vertu de sa charge, il participait avec les Pairs du royaume au jugement d'un autre Pair. Un attenta contre sa personne était considéré comme une crime de lèse-majesté. Il précédait le roi lors de ses entrées en tenant l'épée nue à la main.



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L'officier de la couronne
L'investiture

Lorsque le roi créait un Connétable, le cérémonial se déroulait toujours en présence du Dauphin, du Duc d'Orléans, des princes de sang, de plusieurs gentilshommes et chevaliers de l'ordre, des autorités ecclésiastiques, du légat du Pape, de la reine et de ses dames, du chancelier et du Grand-Maître. La cérémonie se déroulait dans la grande salle du palais. 

Face au roi assis sur son trône, l'impétrant posait sa main sur une croix placée sur un guéridon recouvert d'un drap d'or. Le Chancelier commandait alors de prêter serment suivant l'Ordonnance du 13 janvier 1373 dont voici le texte :




« Vous Jurez Dieu, le Créateur par la Foi et la Loi que vous tenez de lui et sur votre honneur que en l'office de Connétable de France duquel le Roi vous a présentement pourvu et dont vous lui faites hommage pour ce dû, vous servirez icelui Sieur envers et contre tous, qui peuvent vivre et mourir sans personne quelconque en excepter

En toutes choses lui obéirez comme à votre Roi & souverain Seigneur, sans avoir intelligence ni particularité à quelque personne que ce soit, au pré­judice de lui et de son royaume; et que s'il y avoit pour le temps présent ou avenir, sur communauté ou personne quel­conque, soit dedans ou dehors le Royaume de France qui s'élevast ou voulsist faire et entreprendre quelque chose contre et au préjudice d'icelui sondit Royaume, et des droits de la Couronne de France,

Vous l'en avertirez, et résisterez de tout votre pouvoir, et vous y employerez comme Connétable de France sans rien épargner, jusqu'à la mort inclusivement; et jurez et promettez de garder et observer le contenu ès chapitres et forme de fidélité vieux & nouveaux. »


A la fin du serment, l'écuyer chargé de porter l'épée avec son fourreau et sa ceinture l'élevait pour être vue de tousBlason du connétable puis la remettait au Dauphin, des mains duquel le roi s'en saisissait pour la boucler à la taille du connétable. Par cet acte, le roi signifiait à tous, les honneurs et les prérogatives dont il investissait le nouveau connétable.

Sortie de son fourreau, le nouveau connétable présentait l'épée pointe en haut et faisait une grande révérence au roi. En lui livrant l'épée nue pointe en haut, le connétable devenait le gardien de l'épée du roi. À ce titre, il était désormais investi du pouvoir d'user de la force et aux armées, avait autorité sur tout le monde y compris les princes du sang. L'épée deviendra le symbole de cette dignité. À la suite de quoi, le cérémonial se poursuivait à la chapelle où une messe était célébrée. À la fin de l'office, le connétable reconduisait le roi dans la grande salle sous les acclamations des HérautsVoir glossaire. Il se retirait alors avec ses proches et l'écuyer qui ramenait l'épée au Palais.

Les armes du connétable étaient formées de deux épées nues, la pointe en haut, tenues d'une main droite, ou dextrochère armée d'un gantelet sortant d'une nuée. Cette symbolique signifiant « la force au service du roi ». Celui qui était créé connétable rajouter sur l'écu central ses propres armes. Il timbre suivant le rang de celui qui est pourvu de la charge de la couronne de sa noblesse (duc ou comte).


Ses prérogatives

Le prestige et les prérogatives de ces officiers étaient immenses.

Lorsqu'il faisait la guerre, le butin pris à l'ennemi était ainsi partagé, pour le connétable : les chevaux, les harnais, les vivres et autres ustensiles, pour le roi : l'or et les prisonniers, pour le maître des arbalétriers : l'artillerie. Le roi était tenu de remplacer les chevaux que lui ou les gens à sa suite avaient perdu au cour des batailles. Les jours de bataille, ses appointements étaient doublés. À l'armée et en présence du roi, toutes les annonces étaient faites « de par le roi et en son nom ».
Il marchait, à l'armée, immédiatement après le roi et devant les princes du sang et autres seigneurs de la cour qui lui étaient soumis. Il conseillait le roi pour marcher à l'ennemi. Toutes les troupes étaient sous ses ordres. Cette spécificité était actée dans toutes les lettres de provisions des connétables qui précisaient "qu'il étoit le chef-Général après le Roi". C'était sur ses seuls ordres que l'armée se mettait en marche.

Il pouvait prélever une journée de salaire sur la solde des gens d'armes et de pied qui étaient aux gages du roi, ou qui en retiraient un salaire quelconque; seuls les princes du sang et les gens de leur maison étaient exempts de cette contribution.

Le Connétable avait une juridiction à la Table de Marbre du Palais appelée la «connétablie et maréchaussée de France». Ce tribunal connaissait tous les crimes, délits et excès commis par les gens de guerre; les différends survenus entre gentilshommes, les querelles que pouvaient causer le partage des butins, les rançons des prisonniers, enfin, tout ce qui concernait la justice militaire. 

Une compagnie d'hommes d'armes était attachée à la personne du Connétable pour sa garde et son service personnel.  En temps de paix, ces hommes étaient chargés de faire appliquer ses ordres. En temps de guerre la compagnie suivait le connétable pour prendre part à la bataille. Le chef de cette compagnie devint un des grands officiers de la couronne et pris le titre de Grand Prévôt. Cette compagnie, aux ordres exclusifs du connétable fut nommée « prévôté de la connétablie ».

Le Roi, pour son service, disposait dans son hôtel d'une autre compagnie du même type qui avait été créée par Philippe III dit le Hardi en 1271. Cette compagnie fut unie à celle de la connétablie et placée sous les ordres du connétable. Lorsque François Duplessis, messire de Richelieu, fut pourvu vingt-unième prévôt de l'hôtel en février 1578, Henri III unit à cette charge celle de Grand prévôt en son honneur. Ainsi, les titres de grand prévôt et de prévôt de l'hôtel ne formèrent plus qu'une même attribution sous l'appellation de Grand Prévôt de France.  


Sa suppression

La charge de connétable a quelquefois été vacante pendant plusieurs années. Elle le fut six ans depuis la mort de LesdiguieresBernard d'Armagnac jusqu'à Stuard Comte de Boucan, Ecossais. Elle vaqua 2 ans depuis la mort de Jean de Bourbon jusqu'à Charles de Bourbon qui fut créé Connétable par François premier. Après la mort de ce dernier arrivée en 1527 elle ne fut remplie qu'au bout de 10 ans par Anne de Montmorency mort en 1557 et ne fut remplacé qu'en 1593 par Henri de Montmorency son fils.

Après le décés du Connétable de Lesdiguieres elle fut fupprimée par Louis XIII sous l'impulsion de Richelieu par édit de janvier 1627 «...Par ces présentes signées de notre main, nous révoquons, éteignons, supprimons à perpétuité lesdites charges de connétable et d'amiral de France, vacantes à présent comme dit est sans qu'ores ni à l'avenir elles puissent être rétablies pour quelques causes, occasions et en faveur et considération de quelque personne que se soit ». Les motifs qu'il apporte de cette suppression sont identiques à ceux qu'invoquait Philippe II Auguste en son temps à savoir les gros appointements de ce Grand Officier et les trop grands pouvoirs que qu'il concentrait entre ses mains au préjudice de l'autorité Royale.

On compte trente un Connétables depuis Matthieu de Montmorency deuxieme du nom qui le premier eut en cette qualité le commandement de armées en 1218 jusqu'au Connétable de Lesdiguieres en 1622.

Cette dignité fut remplacée momentanément par celle de Maréchal-Général. Les armoiries de la Connétablie et Maréchaussée de France furent modifiées. Une des épées fut remplacée par le bâton de Maréchal. Le premier qui l'occupa fut TURENNE, le dernier le maréchal de SAXE. Depuis la suppression de la dignité de connétable, la dignité de maréchal de France est comme on le sait la plus élevée dans l'armée.

Á la constitution de l'Empire, la Sénatus-Consulte organique du 28 floréal An 12, prévoyait au titre des grandes dignités de l'empire, celle de connétable. Cette dignité était la cinquième de l'Empire. Ses fonctions avaient été précisées à l'article 43 :

«- Le connétable est présent au travail annuel dans lequel le ministre de la guerre et le directeur de l'administration de la guerre rendent compte à l'empereur des dispositions à prendre pour compléter le système de défense des frontières, l'entretien, la réparation et l'approvisionnement des places.
- Il pose la première pierre des places fortes dont la construction est ordonnée.
- Il est gouverneur des écoles militaires.
- Lorsque l'empereur ne remet pas en personne les drapeaux aux corps de l'armée, ils leur sont remis en son nom par le connétable.
- En l'absence de l'empereur le connétable passe les grandes revues de la garde impériale.
- Lorsqu'un général d'armée est prévenu d'un délit spécifié au code pénal militaire, le connétable peut présider le conseil deLouis Bonaparte guerre qui doit juger.
- Il présente les maréchaux de l'empire, les colonels généraux, les inspecteurs généraux, les officiers généraux et les colonels de toutes les armes au serment qu'ils prêtent entre les mains de l'empereur.
- Il reçoit le serment des majors chefs de bataillon et d'escadron de toutes armes.
- Il installe les maréchaux de l'empire.
- Il présente les officiers généraux et les colonels majors chefs de bataillon et d'escadron de toutes les armes lorsqu'ils sont admis à l'audience de l'empereur.
- Il signe les brevets de l'armée et ceux des militaires pensionnaires de l'état.»

Par décret impérial du 28 floréal an 12, Napoléon, empereur des Français nomma à cette dignité, son frère, le prince Louis Bonaparte qui deviendra Roi de Hollande et institua comme vice-connétable le prince de Wagram.

Cette dignité sera définitivement supprimée à la restauration (1814).

Conservé dans ses fonctions le 13 février 1815, il y fut maintenu par Napoléon le 30 mars et mis en demi-solde le 14 septembre. Admis à la retraite le 20 mai 1818, puis remis en activité le 22 mars 1831, il reprit sa position de retraite le 1er mai 1832. Il se fixa à Paris, où il résida jusqu'à sa mort le 13 février 1847.

note 1

Du Guesclin Vers 1370, Charles V voulant récompenser les services de Bertrand du Guesclin voulu lui conférer la charge de connétable et lui dit :

« Bertran, nous savons bien que vous estes hardiz aux armes, eureux en bataille, & avez la grace du monde. Et pour ce que nous sommes plainement informez de vostre loyauté & suffisance, nous vous voulons monter en honneur, & donner si grant office comme la Conestablie de France : dont nous vous livrerons l'espée pour garder & deffendre nottre Royaume ».

Ce héros aussi modeste que brave répondit au Roi :
«Sire, je ne vous puis ne ose dédire de votre bon plaisir, mais il est vérité que je suis un pauvre homme et de basse naissance, venu en l'office de Connestable qui est si grand, si noble, qu'il convient à qui bien le veut exercer et s'en acquitter, qu'il commande et exploite trop avant et plus, sur les grands que sur les petits. Et voyez-cy messeigneurs vos freres, vos neveux et vos cousins qui auront charge de gensd'armes et en ost et en chevauchées, comment oserois-je commander sur eux?»

Ce à quoi le roi répondit :
«qu'il n'avoit frere, neveux, ny cousin, ny autre sujet qui ne luy obeït et que celuy qui ne le feroit, s'appercevroit de son courroux.»



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